
Les enseignements des JFR Urgences 2026, qui se sont tenues au printemps à Marseille, confirment une tendance bien réelle : l’imagerie médicale est devenue le système nerveux central des services de soins critiques. Entre l’augmentation constante de la demande, la dépendance technologique et le besoin crucial d’innovations organisationnelles, la radiologie d’urgence s’impose comme le pivot de la soutenabilité du système de santé.
En mai 2025, une défaillance informatique majeure au sein d’un groupe de téléradiologie a entraîné la désorganisation partielle de près de 150 centres d’urgences à travers la France. Cet événement a mis en lumière la fragilité d’une chaîne de soins dont la continuité dépend de la disponibilité immédiate des infrastructures d’imagerie et des radiologues. Sans accès rapide à l’interprétation des examens, les flux de patients se figent, les décisions thérapeutiques sont différées et l’ensemble de la chaîne hospitalière se fragilise. Ce constat s’est imposé aux participants du congrès : la fluidité des urgences est intrinsèquement liée à une radiologie pleinement opérationnelle.
Une fonction devenue centrale dans le parcours de soins
Cette dépendance s’explique par une évolution profonde des pratiques. Le scanner est désormais l’examen pivot autour duquel s’organisent les décisions médicales, qu’il s’agisse de traumatologie, d’accidents vasculaires cérébraux, d’urgences abdominales ou pédiatriques. L’imagerie n’intervient plus en aval du raisonnement clinique, elle structure directement le diagnostic et l’orientation du patient en temps réel. Les statistiques présentées lors de cette édition marseillaise ont d’ailleurs rappelé que près d’un quart des actes d’imagerie sont réalisés dans le cadre de la permanence des soins. Cette activité ininterrompue, fonctionnant 24h/24, renforce la pression sur des équipes déjà confrontées à un déséquilibre démographique majeur.
Des besoins en forte croissance face à des ressources limitées
La hausse des passages aux urgences, accentuée par le vieillissement de la population et la complexification des pathologies, entraînent une augmentation mécanique des besoins en imagerie. Dans le même temps, les établissements font face à des difficultés de recrutement touchant à la fois les manipulateurs en électroradiologie et les radiologues. Face à ce déséquilibre, la discipline est contrainte de se réinventer. Comme l’a souligné le Dr Guillaume Herpe, président des JFR Urgences 2026, le radiologue n’est plus uniquement un expert de l’interprétation d’images. Il est devenu un acteur intégré au flux hospitalier, pilotant des outils d’intelligence artificielle et participant à une organisation hybride de la permanence des soins, entre présence sur site et recours à la téléradiologie. Cette transition consacre un changement de paradigme : le radiologue est désormais un coordinateur de soins à part entière.
Marseille, point de convergence d’une réflexion nationale
Face à ces défis, le congrès de Marseille a mis en lumière des réponses concrètes déjà déployées sur le terrain. Le renforcement des coopérations entre radiologues et manipulateurs permet d’améliorer la fluidité des parcours patients et d’optimiser l’utilisation des plateaux techniques. À l’échelle territoriale, les organisations de téléradiologie se structurent pour sécuriser les gardes, notamment la nuit et le week-end, là où les tensions sont les plus fortes. L’intelligence artificielle s’impose également comme un outil d’aide à la priorisation des examens urgents, réduisant les délais diagnostiques et les risques de perte de chance. Enfin, les discussions ont insisté sur la nécessité d’améliorer la pertinence des prescriptions et de repenser la gestion des équipements afin de renforcer la résilience globale du système.
Au terme de ces deux jours de réflexion, une conclusion s’impose : la radiologie d’urgence est devenue une infrastructure hautement stratégique du système de soins. Sa performance dépend désormais autant de l’organisation collective que des compétences individuelles ou des équipements. Cette deuxième édition des JFR Urgences a ainsi marqué une étape décisive dans la prise de conscience collective : préserver l’imagerie médicale critique est une condition indispensable pour maintenir l’accès aux soins urgents en France.
Article paru dans mySIH magazine, édition de juillet 2026, à lire ici.




