Il y a des innovations qui reposent sur une technologie de rupture, et d’autres qui changent profondément la donne par une transformation profonde de l’organisation des soins. Le Plateau d’Imagerie Médicale Mutualisé (PIMM), initié par le Centre Hospitalier de Valenciennes, appartient résolument à cette seconde catégorie. Un an après son inauguration, cette première régionale confirme qu’une coopération territoriale structurée peut améliorer concrètement l’accès à l’expertise radiologique.
Mis en place en avril 2025, le PIMM répond à un défi désormais généralisé : maintenir une offre d’imagerie de qualité malgré la pénurie de radiologues hospitaliers. Le principe est de mutualiser l’interprétation médicale entre plusieurs établissements via une plateforme sécurisée de télé-imagerie, tout en conservant les équipements et les manipulateurs au plus près des patients. Douze mois plus tard, les résultats confirment la solidité du modèle.
En 2025, près de 8 900 examens ont été interprétés à distance grâce au dispositif, dont plus de 4 400 en situation d’urgence pour les centres hospitaliers de Denain, Fourmies, Le Quesnoy et Maubeuge. Au-delà des volumes, les performances sont particulièrement significatives. Le délai moyen de lecture des examens urgents est de 14 minutes, 83 % des cas critiques sont traités en moins de 45 minutes et 92 % des examens programmés bénéficient d’un compte rendu en moins de 24 heures. Des chiffres qui montrent que la mutualisation ne ralentit pas les parcours de soins, mais les rend plus fluides et plus réactifs.
La coopération comme réponse aux tensions démographiques
Le principal mérite du PIMM est sans doute d’avoir su dépasser une logique de concurrence entre établissements, souvent aggravée par la raréfaction des ressources médicales. Le modèle développé dans le Hainaut-Cambrésis repose au contraire sur une organisation collective : les plateaux techniques restent répartis sur le territoire, tandis que l’interprétation médicale est centralisée et redistribuée depuis le pôle de Valenciennes. Cette configuration permet de maintenir une offre homogène, indépendamment du lieu de prise en charge du patient. Pour les usagers, cela se traduit par moins de transferts inter-hospitaliers, une réduction des délais d’accès à l’avis spécialisé et une diminution des pertes de chance en situation d’urgence. L’originalité du dispositif ne tient donc pas seulement à la téléradiologie, déjà largement utilisée, mais à la structuration d’une véritable organisation publique territoriale de l’imagerie, reposant sur une gouvernance partagée entre établissements.
Une voie d’avenir pour l’hôpital public
Soutenu par l’Agence Régionale de Santé Hauts-de-France, le PIMM du Hainaut-Cambrésis constitue une première régionale qui illustre l’évolution des coopérations hospitalières vers des filières territoriales intégrées. Dans un contexte de tension démographique et de contraintes budgétaires, cette expérience met en évidence un levier majeur d’amélioration : l’efficience ne dépend pas uniquement des investissements matériels, mais aussi de la réorganisation des flux médicaux et des compétences.
La poursuite du projet vise désormais l’élargissement du réseau à de nouveaux établissements et l’extension des modalités d’imagerie, notamment en IRM. Si cette dynamique se confirme, le modèle pourrait devenir une référence pour d’autres territoires confrontés aux mêmes enjeux. Car derrière les indicateurs de performance, l’objectif reste inchangé : garantir à chaque patient un accès rapide, équitable et continu à un diagnostic radiologique de haut niveau, quel que soit son lieu de prise en charge. Une ambition simple en apparence, mais qui, dans le contexte actuel de l’hôpital public, représente une authentique et indispensable transformation.
Article paru dans mySIH magazine, édition de juillet 2026, à lire ici.




