L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et l’IRCAD annoncent une nouvelle collaboration. Elle vise à favoriser un accès équitable aux soins et à la chirurgie, dans le cadre de la Digital Innovation Investment Platform (DIIP) de l’OMS, dont l’ambition est de créer les écosystèmes nécessaires qui permettront aux pays d’adopter et de déployer les innovations en santé à grande échelle, de manière responsable, durable et équitable.
Alors que près de 5 milliards de la population mondiale n’a pas accès à des soins chirurgicaux sûrs, cette collaboration ambitionne de mettre les avancées de la robotique, de la connectivité et de la chirurgie à distance au service des déserts médicaux. Ensemble, l’OMS et l’IRCAD accompagneront les États Membres dans le développement de l’enseignement et de la formation technique sur l’ensemble du continuum des soins virtuels et de la téléchirurgie.
À travers la DIIP, l’OMS fédère gouvernements, experts cliniques, institutions universitaires, sociétés savantes, et partenaires financiers afin d’accélérer la mise en œuvre des innovations, de produire les données nécessaires à leur évaluation et de soutenir leur déploiement à grande échelle sous l’impulsion des pays. L’IRCAD rejoint ainsi un réseau croissant d’organisations engagées au sein de cet écosystème, aux côtés de la Society of Robotic Surgery (SRS).
Dans le cadre d’un premier programme pilote, plusieurs pays pourront ainsi bénéficier du réseau international d’experts de l’IRCAD afin de développer progressivement trois niveaux d’assistance à distance : le « telementoring » permettant à un expert d’accompagner un chirurgien à distance ; le « teleproctoring » actif permettant de guider un chirurgien à distance et de prendre la main en cas de difficultés ; et, lorsque les conditions technologiques, réglementaires et cliniques le permettent, la « telesurgery », au cours de laquelle le chirurgien peut pratiquer la totalité de l’intervention quelle que soit la distance qui le sépare du patient.
Un réseau de neuf instituts au service d’un accès plus équitable à l’expertise chirurgicale plus équitable
L’un des principaux atouts de ce projet repose sur le réseau international de l’IRCAD. Présent aujourd’hui à travers neuf instituts répartis sur cinq continents (France, Taïwan, deux au Brésil, Liban, Rwanda, Inde, Chine, Etats-Unis), il permet de mobiliser des centaines d’experts en chirurgie robotique, toutes spécialités confondues.
Les infrastructures technologiques développées au sein du réseau IRCAD permettront par ailleurs à chacun des instituts de contribuer au programme en mettant à disposition ses compétences, ses plateformes de robotique et ses capacités de connexion à distance.
De la démonstration technologique à une application clinique concrète
Cette collaboration s’inscrit dans la continuité de plus de vingt années d’avancées dans le domaine de la téléchirurgie. En 2001, le Professeur Jacques Marescaux réalisait l’Opération Lindbergh, première intervention de téléchirurgie robotique transatlantique au monde, entre New York et Strasbourg, démontrant qu’une procédure chirurgicale pouvait être réalisée à plusieurs milliers de kilomètres de distance.
Depuis 2024, on note une accélération majeure du concept de téléchirurgie. A titre d’exemple, lors du congrès annuel de la Society of Robotic Surgery (SRS) organisé à Strasbourg en juillet 2025, neuf téléchirurgies en direct ont notamment connecté l’IRCAD France à plusieurs établissements internationaux : en Chine, au Japon, au Koweit, au Maroc et aux États-Unis. Parmi ces interventions, figurait également une première mondiale : une téléchirurgie cardiaque robotique intercontinentale, réalisée depuis l’IRCAD France, à Strasbourg, sur un patient situé à Indore, en Inde. Depuis cette date, de multiples actes de téléchirurgie ont été réalisés à partir de l’IRCAD France, mais aussi de l’IRCAD Amérique Latine, en connectant Sao Paulo à un hôpital rural d’Amazonie.
Aujourd’hui, l’enjeu ne réside donc plus uniquement dans la technologie elle-même. Il s’agit de construire les conditions indispensables à son déploiement : infrastructures numériques, formation des équipes médicales, cadres réglementaires, gouvernance, financement, sécurité des patients et évaluation scientifique, autant de recommandations qui ont été élaborées lors de la conférence de consensus de février 2026, initiée par la SRS à laquelle l’IRCAD a participé activement.
Une initiative portée au niveau international à New York
Le 22 septembre 2026, en marge de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York, la Fondation de l’OMS a consacré une réunion spéciale à cette initiative. Autour de la table ronde étaient présents Dr Guillaume Marescaux, Vice-Président de l’IRCAD ainsi que plusieurs délégations de l’ONU parmi lesquelles l’Indonésie, l’Éthiopie, Malte, le Japon et le Panama.
Cette rencontre avait notamment pour objectif d’échanger directement avec les pays intéressés par le programme et d’identifier les premiers territoires susceptibles de participer à sa phase pilote.
Le Professeur Jacques Marescaux, fondateur et président d’IRCAD International, déclare : « Le véritable héritage de l’Opération Lindbergh ne réside pas dans la distance parcourue par un geste chirurgical, mais dans la possibilité d’offrir une chirurgie de haute qualité à chaque patient, indépendamment de sa situation géographique ou de ses ressources économiques. La chirurgie robotique ne doit plus être considérée comme une technologie de luxe : elle doit devenir une plateforme mondiale au service d’une chirurgie de précision, accessible, éthique, durable et résolument tournée vers l’équité en santé. »
La Dre Sylvie Briand, scientifique en chef de l’Organisation mondiale de la Santé, déclare : « Les avancées scientifiques ont le pouvoir de transformer la santé, mais uniquement si elles sont accessibles à tous. L’OMS s’engage à construire des écosystèmes mondiaux de science et d’innovation, permettant aux pays d’adopter, d’adapter et de déployer de manière responsable des innovations telles que les soins virtuels et la téléchirurgie, afin que les progrès technologiques se traduisent également par des progrès en matière d’équité en santé. »




